Il fallait s'y attendre. Voici
quelques réflexions sur le Sommet de la Terre qui s'est achevé le 4
septembre, sur de beaux discours, et dans l'indignation des ONG, qui
l'ont déserté sans attendre.
"Quelle différence entre les discours et l'action !" s'exclame Gustavo
Noboa, le président équatorien. "Ceux qui s'érigent en parangons de la
cause environnementale sont les plus gros pollueurs, et ne veulent ni
accepter des compromis pour sauver la planète, ni maintenir les
objectifs officiels de l'aide au développement. Les pauvres n'ont obtenu
que des miettes."
Un bilan plutôt négatif
Un Plan d'action bouclé in extremis :
Il ne comporte aucun engagement chiffré sur l'aide, aucun calendrier.
Les Européens ont tenté mardi de compenser ce revers en annonçant une
initiative politique pour regrouper autour d'eux les pays désireux de
fixer des objectifs chiffrés.
Le dossier des énergies renouvelables sacrifié :
Le Brésil, soutenu par les Européens, les Africains, ont demandé une
augmentation au niveau mondial de 10% des énergies renouvelables d'ici à
2015. Les Etats-Unis et l'OPEP ont fait barrage. Greenpeace espérait un
engagement ferme des Etats "pour plus de justice entre les pays qui
souffrent du réchauffement de la planète et ceux qui en sont l'origine".
La situation interpelle : la consommation d'électricité va doubler d'ici
20 ans. Le Sommet apparaît comme une occasion manquée d'apporter
l'énergie à deux milliards de personnes et de lancer la révolution des
énergies renouvelables.
Et la biodiversité ?
Concernant la biodiversité, (forêts,
plantes, animaux), la restauration des stocks de poissons, le Plan
n'apporte rien de plus que les précédentes conférences.
Les femmes ont aussi perdu à Johannesburg :
La dernière bataille du Plan d'action
fut celle de l'accès aux soins. Les Canadiens, l'Union européenne, la
Suisse, la Nouvelle-Zélande, voulaient rétablir une référence aux droits
de l'Homme pour équilibrer un texte qui subordonne l'accès à la santé à
des considérations "nationales, culturelles et religieuses". Ce texte
légitime donc des régimes qui privent les femmes de leurs droits
essentiels ! Sous couvert de "valeurs culturelles", faut-il légitimer
l'excision ? Le Vatican et les Etats-Unis résistent à une modification
du texte qui pourrait être interprétée comme permettant la contraception
et l'avortement…
Un seul motif de satisfaction
La Russie, la Chine, l'Australie, le Canada vont signer le protocole de
Kyoto sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, ce que le
Japon, les EU refusent toujours de faire. Pour entrer en vigueur, le
protocole doit être ratifié par 55% des pays signataires représentant au
moins 55% des émissions de gaz à effet de serre. L'arrivée de ces 4 pays
va permettre de le mettre en œuvre, (53% avec la Russie et le Canada,
avec ses 3,3%, fera le compte).
Finalement, les gagnantes du Sommet sont incontestablement les
entreprises transnationales, qui ont trouvé dans l'environnement un
nouvel espace de rentabilité...